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"Elles vivaient d’espoir" dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 11 septembre 2010

jeudi 16 septembre 2010, par webmestre

Des âmes fortes

Plasticienne et écrivain, Claudie Hunzinger publie Elles vivaient d’espoir (éd. Grasset), un roman à haute teneur biographique où elle raconte l’histoire d’Emma et de Thérèse, deux femmes magnifiques.

"Elles vivaient d'espoir" dans les Dernières Nouvelles d'Alsace du 11 septembre 2010

Funambule des mots, Claudie Hunzinger avance sur le fil étroit de l’impossible énigme de ’l’être, des abysses qu’elle découvre et des trajectoires qu’elle dessine dans le monde. Ou comment êtreavec, malgré tout. Dans ce premier roman - elle a publié quatre récits chez Stock-, il s’agit bien de rendre quelque souffle à ceux qui n’ont plus la parole, de tenter de dire, le temps d’un livre, ce qu’ils tentèrent de vivre. A travers ces pages, nous découvrons « Emma, Thérèse, Marcel, Marcelle, François et Karl. » Mais il est ici surtout question d’Elles, Emma, la mère de l’auteure, et Thérèse. « A l’origine de "Elles vivaient d’espoir", il y a l’écriture de "Où sont nos amoureuses", un documentaire réalisé, en 2006, par Robin, mon fils, précise Claudie Hunzinger. Un film construit à partir d’archives, de photos ... , rerifermées dans quatre cahiers que conservait ma mère. Le grain lié à l’agrandissement de ces photos donnait à ces personnages le statut de fantôme, d’ombres faites de cendres. A partir de là, alors que c’est souvent l’inverse, je souhaitais les rendre aux mots qui pour elles avaient été tellement essentiels. Le livr,e est né de là, par tension, par opposition, peut-être aussi pour explorer une autre dimension de leur vie. »

A partir de ces carnets, Claudie Hunzinger approche l’existence de « deux âmes fortes », en même temps qu’elle s’interroge sur la complexité de ces deux femmes émancipées, professeurs, au cœur des années 30. Emma et Thérèse s’étaient rencontrées en prépa au concours d’entrée à l’École normale supérieure. L’amour viendra bientôt. Elles le vivront faisant fi des conventions et de la bienséance appréhendant un futur fait d’incertitudes et de questionnements. Le fatum tranchera.

Emma s’installera en Alsace, en 1936, auprès de son mari, devra oublier sa lângue maternelle durant l’annexion. Après la guerre, elle reprendra vaille que vaille son métier d’institutrice à Colmar. Thérèse rejoindra la Résistance avant d’être torturée et massacrée par des membres de la Spac, des Français au service de la Gestapo.

Des souvenirs, de l’impossibilité à se rejoindre, l’écrivain fouille les recoins, à la recherche des angles morts, ceux qui, en temps normal, obèrent la vision, et qui, ici, révèlent les éclats de destins bousculés par l’Histoire. Pour nous les faire entrevoir, Claudie Hunzinger multiplie les points d’appui, élaborant ce qui ressemble à un gyroscope de la mémoire : narration précise de l’événement, parcelles’ de la mémoire d’Emma ; extraits de correspondance, témoignages dans un assemblage précis et envoûtant. « Le roman est le lieu de la complexité mais aussi un lieu où on ne tranche pas. Nous sommes dans une vérité complexe, dans l’épaisseur et l’énigme. Mes personnages sont des énigmes, nous n’avons pas vraiment de clés. Au départ, Emma était un trop sûre de son existence. Elle recherchait elle-même son identité. Et que la vie, qui est le sujet du livre, lui a échappé. »

Cette dernière écrit : « Il y a dans la vie des temps qui se succèdent comme dans une tragédie. C’est par la dévastation de moi-même que je me suis finalement construite. »

Il ne faut pas plus de deux pages à l’auteure de Bambois, la vie verte pour imposer son style. La langue est élégante, le style ample, et toute la distance nécessaire bien établie pour ne pas tomber dans le pathos. C’est bien en effet une sorte de chant que nous lisons : Claudie Hunzinger nous offre en même temps qu’un monde en train de basculer, un texte où résonne l’écho de voix qui, elles aussi, voulurent, avec des mots approcher le tremblement de l’être, le cri interminable mais coupé net, modulé, plein de larmes et d’invincible désir.

Joël Isselé

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