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Le langage naturaliste de Claudie Hunzinger par Anne Bert (Salon littéraire)

mercredi 20 août 2014, par webmestre

A lire sur le Salon littéraire : http://salon-litteraire.com/fr/clau...

La langue des oiseaux, le roman de Claudie Hunzinger a quelque chose de la formule incantatoire, il titille notre capacité à concevoir et oblige à l’écoute attentive, invite à regarder au-delà de nos certitudes. La romancière ne cherche pas à ce que le lecteur s’identifie, au contraire, elle veut le perdre et l’embarque un 27 octobre vers un lieu complètement isolé en pleine forêt enneigée , l’y dépose au coin de la baraque où se réfugie son héroïne et l’invite à désapprendre tout ce qu’il sait de la communication, de sa logique, de ses mots et de ses verbes. L’exercice est revigorant et très charmeur.

Vous connaissez la langue des oiseaux ? Elle est aussi magique que les langages secrets accessibles qu’aux seuls initiés, l’imaginaire pour seule grammaire. Car que peuvent-ils se dire, les oiseaux comme tous ceux qui échangent dans de bizarres langages, tout bas ou à tue-tête, à la barbe de ceux qui ne les comprennent pas ? Fantastique liberté que cette communication intimiste ! De tous les temps rappelle Claude Hunzinger, ces langages aussi codés que celui des oiseaux ont existé, et effectivement, encore aujourd’hui les enfants s’en fabriquent, les jumeaux parfois, pour se protéger ou rester dans le secret.

L’héroïne de Claudie Hunzinger s’appelle Zsa Zsa et lui ressemble beaucoup. Romancière en proie à une crise de refus, elle fuit la capitale pour se ressourcer en montagne dans une bicoque isolée au beau milieu des arbres et des bestioles de poils et de plumes. Claudie Hunzinger connaît très bien ce milieu, elle aime la nature, y a vécu et consacre ses travaux de plasticienne au végétal, car l’écrivain est aussi artiste et ça se ressent très fort dans son écriture. Sur son site, elle précise que ce roman est à mi-chemin du romanesque et du réel, elle a vraiment connu la femme que Zsa Zsa rencontre.

Zsa Zsa veut percer les mystères des chants des oiseaux. Armée d’excellentes jumelles, elle écoute, scrute les arbres et les clairières. Son père, professeur de littérature et de langue chinoises, l’avait initiée aux idéogrammes en lui faisant remarquer que si les signes s’inspiraient des empreintes des pattes d’oiseaux, les chants d’oiseaux étaient construits comme des poèmes chinois en langue tonale de la dynastie des Tang. Pour occuper sa solitude, elle se remet d’ailleurs au chinois.

Mais si Zsa Zsa vit à la dure dans des conditions de bûcheron, se promène dans la forêt qu’elle nous dépeint inquiétante et vide d’âme humaine, qu’elle épie les fauvettes à tête noire, apprend à reconnaître les chants des autres oiseaux pas toujours au-rendez-vous, elle n’a cependant pas coupé complètement le cordon ombilical qui la relie à la modernité : Zsa Zsa a emporté son ordinateur qu’elle relie par wifi à son téléphone portable.

Ce détail de connexion possible m’a fait sourciller tellement l’auteur m’avait convaincue d’être au beau milieu de nulle part et j’avoue avoir ressenti de la déception à ce que Bouygues ou Orange l’ait pistée jusque dans sa retraite. Mais cette connexion est essentielle au roman ... ce sont donc les ondes et le surf de Zsa Zsa sur le site d’Ebay qui lui permettent d’établir un contact avec une drôle de fille nommée Sayo, qui met en vente ses vêtements et accessoires de la marque CdG, "Comme des garçons", à l’aide de descriptifs incompréhensibles et fantaisistes, ce qui subjugue Zsa Zsa. Et je la comprends, c’est ensorceleur, je suis également tombée raide accro à ses mises en vente, à son langage de guingois, poétique et imageant. Il y a de quoi rêver et avoir envie d’acheter tous les lots pour tester un blouson noir qui renverse l’ordre ordinaire des choses...une pauvre robe étroite et maigre, son charme c’est la sévérité...les manches se flétrissent comme des fleurs de citrouilles à la fin de la journée..adorable robe...ou encore ...cette teinture donne à la jupe une beauté sûre de sa perte...

Zsa Zsa revient chaque soir à Sayo. Aimantée à son écran, comme elle cherche à saisir la langue des oiseaux, elle cherche à saisir celle de Sayo. Qui est cette fille asiatique ? Elle l’interpelle, un échange de mails se met en place, les deux femmes s’attachent, des liens forts se tissent, Sayo semble apeurée, mais pourquoi ? Cette amitié soudaine dérange parfois Zsa Zsa, bien décidée à tout comprendre de l’énigme de Sayo pour en faire son héroïne d’un prochain roman. Mais qui se sert de qui ?

Au-delà du dire, des façons de s’exprimer, d’échanger, de se comprendre, le roman aborde la relation que les écrivains entretiennent avec les gens qu’ils croisent ou côtoient, qu’ils utilisent pour leur écriture, cette jouissance romanesque du vampire parfois si perverse. Enfin, la forêt et la montagne y sont sobrement célébrées, rien n’est surfait dans leur description, ce qui confère au roman une atmosphère intimiste onirique que ceux qui se sont déjà isolés dans des refuges coupés de tout, chérissent.

Si bien qu’en cette bruyante rentrée 2014 qui s’annonce, la lecture de cette délicate Langue des oiseaux est une sorte d’élixir de la forêt, une excellente purge pour éliminer le barouf de l’extimité ambiante.

Anne Bert

Parution le 27 août 2014 Claudie Hunzinger - La langue des oiseaux - Editions Grasset - Août 2014 - 261 pages - 18 euros

P.-S.

source de l’article : http://salon-litteraire.com/fr/clau...

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