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La langue des oiseaux par Marie-Anne Sburlino (Sur la route de Jostein)

mercredi 17 septembre 2014, par webmestre

" La plus petite rencontre contient sa part explosive qui fracture quelque chose en vous."

ZsaZsa a 43 ans et elle fuit la ville, la reconnaissance pour un premier roman édité, l’amour de Thomas pour vivre en solitaire dans la forêt plusieurs mois. Là, elle retrouve la solitude, "cadeau" de parents qui ne se sont pas beaucoup occupés d’elle dans sa jeunesse et les deux passions de son père, la traduction chinoise et l’ornithologie. Toutefois, une rencontre tout d’abord virtuelle puis physique va bouleverser sa quiétude. Son attention est attirée par des annonces Ebay de vente de vêtements de la célèbre marque japonaise "Comme des garçons" écrites par une mystérieuse magicienne des mots. " Comme des garçons Blouson noir Il est en laine noire pour le torse très menu En velours de coton noir pour les épaules matelassées, incroyablement larges et comme musclées. Il renverse l’ordre ordinaire des choses : une femme adorable en homme costaud (^^ !) Grâce à lui, j’ai fait fuir des molosses. Peur de rien. Il se ferme d’un zip."Après l’achat de ce blouson, ZsaZsa ne cesse de surveiller les nouvelles annonces et entre en contact virtuel avec Kat-Epadô ( première personne du verbe ensorceler), pseudonyme de Sayo ( un pseudonyme "vous camoufle et en même temps vous révèle.") . Claudie Hunzinger construit ainsi deux romans imbriqués. La retraite solitaire ou presque, puisque ZsaZsa rencontre tout de même la vieille et attachante fermière Marguerite, donne naissance au roman sur Sayo, personnage vivant qui trouble son auteur. Le roman se construit ainsi au fil de notre lecture.

ZsaZsa, figure proche de l’auteur, et Sayo ont la même magie et le même jaillissement des mots. Une langue des oiseaux que l’une met au service de la nature et l’autre à la description de ses vêtements ou dans son rire de corbeau. ZsaZsa se sent liée avec quelque chose de plus profond que l’affection à cette jeune femme "exilée, corps et langue, et sous menace d’expulsion." "Sayo était pour moi cette part d’innocence qui résiste en tout lieu, malgré les horreurs, et qu’il fallait aider à ne pas se faire prendre. Aider à se faire entendre."

Au delà de cette rencontre ambigüe, Claudie Hunzinger excelle à nous faire découvrir la beauté de la nature, la vertu et la complexité du roman. " La figure du romancier, celui qui se nourrit de la vie des autres, de leur innocence ou de leurs crimes, qu’importe pourvu qu’il capte la frêle palpitation d’un être humain." " il se peut qu’un roman soit plus que divinatoire : une ruse toute-puissante, enfantine, non pour prévoir la réalité, mais pour prendre sur elle le pouvoir."

En citant le tableau de Zhao Zhiqian, La falaise aux livres empilés, Claudie Hunzinger image son roman comme un mélange de beauté naturelle et de composition littéraire sous un imaginaire chinois.

Voici une fois de plus, un livre de cette rentrée littéraire qui permet agréablement de sortir des sentiers battus sous la riche plume d’une auteure discrète et talentueuse, maître dans la description d’une nature qu’elle aime tant et des gens inattendus, fragiles et auréolés de grâce.

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