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"Elles vivaient d’espoir" dans Télérama du 25 août 2010

samedi 28 août 2010, par webmestre

Télérama

Le tombeau des amoureuses

« L’une émettait la lumière, l’autre la contenait. » Du clair-obscur qui nimba la passion amoureuse de sa mère, Emma, et de son amie de jeunesse Thérèse, dans les années 1930, Claudie Hunzinger a su capter les rayons blafards et caressants. Son écriture tamisée, protectrice, retenue, est celle de la réparation. Vibrant tombeau, au sens littéraire du terme, ce premier roman offre un sursis suspendu à deux amoureuses brisées par les conventions du mariage, puis par l’Histoire : Emma épousa un Alsacien membre du parti nazi, et Thérèse mourut sous la torture de la Gestapo. Le secret de cette histoire d’amour illicite, vécue avant la naissance de ses enfants, fut bichonné, préservé, veillé par Emma Hunzinger dans quatre cahiers de toile, vert amande, rouge, vert vif, gris argent.

De ce trésor posthume trouvé dans les affaires de sa mère - lettres, cartes postales, notes intimes griffonnées sur le vif -, Claudie Hunzinger a su garder l’essence nerveuse. Toutes deux éprises de littérature - elles s’étaient rencontrées en prépa au concours d’entrée à l’Ecole normale supérieure -, Emma et Thérèse excellaient à rédiger des missives lapidaires, haïkus éperdus d’une beauté vorace : « Je ne veux pas m’intéresser au présent. Ce serait une négation de la vie que je rêve », écrit Thérèse. « Petite compliquée qui cherche sa vérité dans le refus ! Moi, je me promène », répond Emma. Plus tard, carte de Thérèse : « Venir te rejoindre, en marge de ta vie ? » Carte d’Emma : « Oui, mais la marge prend tout. » Modernité de la langue, soif de liberté d’aimer : impossible de ne pas penser au journal d’Helen Hessel, qui a inspiré Jules et Jim à Henri-Pierre Roché. Comment resserrer sa propre dispersion comme élargir ses propres barrières ? Deux avant-gardistes ont tenté de répondre au risque de s’immoler, car « elles vivaient d’espoir ». Justice leur est rendue avec ce livre sombre et envoûtant, sur l’ambiguïté cruelle du souvenir.

Marine Landrot

Telerama n° 3163 - 28 août 2010

A lire en ligne ici :http://www.telerama.fr/livres/elles-vivaient-d-espoir,59283.php

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