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La Survivance dans "L’Alsace"

Là-haut, chaque jour est une victoire

vendredi 31 août 2012, par webmestre

Après « Elles vivaient d’espoir », Claudie Hunzinger revient avec le magnifique « La Survivance », hommage à son compagnon, aux livres, à la nature.

le 31/08/2012 par Jacques Lindecker

Sils et Jenny ont tenu une librairie. « Pendant quinze ans, le lieu avait répandu de la lumière, du rêve, de la fantaisie. » Ils auraient pu y passer le reste de leur vie. Hélas, le couple va être expulsé… et choisit de s’installer à la Survivance, une ferme en ruines qui leur appartient « parce qu’impossible à vendre ». C’est en effet « une chose déglinguée, une ancienne métairie au flanc d’une croupe sauvage, à plus de 900 mètres au-dessus de Kaysersberg ». Ils y avaient vécu en 1973, quelques mois seulement. Ils avaient vingt ans. Sils cherchait alors « le sens de sa position dans le monde. De sa putain de vie dans ce putain de monde pas prévisible, pas contrôlable, pas reconnaissable. » Jenny avait découvert là-haut « une chose bizarre et merveilleuse : toutes les journées étaient différentes et toutes les mêmes. »

Mais Sils et Jenny n’ont plus vingt ans. Ils ont traversé les années avec les livres, leur unique arme. Mais là-haut, comment vont-ils s’en sortir ? Ils débarquent à la Survivance avec leurs cartons de bouquins, leur ânesse Avanie et leur chienne Betty. Il faut se débrouiller avec les moyens du bord : la masure prend l’eau. Il faut apprivoiser la montagne : on pense y être seuls, mais les poules qu’on vient d’acheter disparaissent. Il y a beaucoup de monde sur ces terres, et notamment des cerfs, dont Jenny fait rapidement son miel quotidien (en plus de son potager, voir l’extrait ci-dessous).

« A la guerre comme à la guerre » devient la devise de Jenny : « si nous voulions nous en sortir, il fallait sortir de nous. Plonger direct dans les sensations, dans la peur, dans la joie, être aux aguets, se transformer en une boule de présence au monde prête à jaillir. Il y a quelque chose d’excitant, de suffocant dans la lutte pour la vie : plus d’écran entre elle et nous. On devient la vie. » Chaque jour est une victoire. On a renoncé à quelque chose de la vie d’avant, on a triomphé d’éléments défavorables, on s’est pris une nouvelle baffe. Le vent, la pluie, le vent, le gel, c’est un combat, magnifique.

La Survivance, le livre, raconte justement, à sa manière (la fiction), le combat qu’a mené le couple Hunzinger, Claudie et Francis, pour apprivoiser Bambois, leur ferme au-dessus de Lapoutroie (voir le portrait de Bambois paru dans notre série Lieux d’écrivains le 17 août dernier). Claudie Hunzinger installe sa propre aventure dans un futur proche, un futur où, par exemple, le musée Unterlinden vient de brûler, entraînant dans le désastre le Retable d’Issenheim de Grünewald. Elle en profite pour rendre un triple hommage : au compagnon de sa vie ( « Face à la vie, il était l’insurgé, moi, l’enchantée. »), aux livres, à la vie sous toutes ses formes (végétale, animale, minérale).

Surtout, Claudie Hunzinger intègre avec ce roman la caste très fermée des écrivains-voyageurs. Oui, paradoxalement rivée à sa montagne et convoquant les éléments, l’air, l’eau, la terre, le feu, elle nous invite au dépaysement le plus fragile, à l’exotisme le plus brinquebalant. Son récit est flamboyant, poétique, à la fois vacillant et volontaire. Notre gros coup de cœur de cette rentrée littéraire.

LIRE « La Survivance », Claudie Hunzinger, éditions Grasset, 280 p., 18 €.

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