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"L’incandescente" de Claudie Hunzinger : un roman étincelant sur l’amour au féminin par Par Anne Brigaudeau (Culturebox)

jeudi 3 novembre 2016, par webmestre

Imperturbable, Claudie Hunzinger continue sa remontée dans le temps, et dans l’histoire de sa mère, Emma. Un beau récit sur des passions féminines vécues dans le huis clos des écoles normales ou des sanatoriums, et une écriture envoûtante.

Comme Pénélope, Claudie Hunzinger tisse sa toile. Celle d’une anamnèse qui la plonge et nous plonge dans l’histoire de sa mère, Emma, et de ses premières amours. A l’été 1923, Emma s’éprend, à dix-sept ans, d’une adolescente nommée Marcelle, dans le village bourguignon de Puligny-Montrachet, en Côte d’Or. Les deux jeunes filles préfèrent "mépriser" leurs bas que les repriser, partagent une même passion pour la littérature et une même ambition -celle d’enseigner. Voilà pour ce qui les unit. Mais pour le reste ? Emma est posée tandis que Marcelle est une flamme, une énergie qui dévore ses proches et se consume elle-même, y compris physiquement. Atteinte de tuberculose, elle tousse, crache du sang et doit partir en sanatorium.

De cet hôpital perdu, si loin de la Bourgogne, elle envoie des lettres lancinantes. Des décennies plus tard, ces mêmes lettres seront découvertes au fond d’une armoire par la fille d’Emma, la narratrice, qui reconstituera leur histoire. Et notera que sa mère répond peu aux missives enflammées de Marcelle. Cruel et logique, puisqu’entre temps, dans sa classe préparatoire à Normale Sup, Emma est tombée amoureuse de Thérère, future héroïne de la Résistance (Claudie Hunzinger en fit un beau portrait dans son premier roman, "Elles vivaient d’espoir"). La plume de la romancière nous rend à la magie des instants, et à la fragilité des destins

Mais c’est ici de Marcelle qu’il s’agit. Est-ce pour rendre Emma jalouse ? Par sociabilité naturelle ? Parce qu’à vingt ans, on a surtout envie de vivre ? Au sanatorium, puis à la montagne où elle passe quelques mois en convalescence, Marcelle recrée un cercle autour d’elle, où se mêlent amies et amantes. Elle les décrit inlassablement à Emma, l’absente, le premier amour. Cette théorie de jeunes filles lumineuses dont l’existence ne tient qu’à un fil, Claudie Hunzinger la ranime dans ce roman chorégraphique, habité par la flamboyance des paysages et la volatilité des émotions.

De bout en bout, "L’incandescente" est porté par une écriture fluide et poétique, qui capte tout sur son passage, de la blancheur des asphodèles aux secrets de famille les mieux dissimulés. Car l’armoire qui recélait les lettres cachait aussi l’uniforme nazi du père alsacien. Dans une époque angoissée et distraite, la plume de Claudie Hunzinger nous rend à la magie des instants, et à la fragilité des destins.

"L’incandescente", de Claudie Hunzinger (Grasset, 306 pages, 19,50 euros)

Extrait : "Cent ans plus tard, ou presque, le morceau de tissu était sous mes yeux. Je le tenais (...) Je l’ai attrapé au vol. Il me rappelait que j’avais à ordonner l’étoffe d’une vie, à en assembler les parcelles, à bords vifs et sans couture, comme au laser, pour en faire surgir une chose toute fraîche : un texte qui devait tenir au au moins cent ans encore, piqueté de gouffres minuscules, scintillant d’instantanés."

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